Anne & Jean Lignères

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RENCONTRES VIGNERONNES

Anne & Jean Lignères

Interview d'Anne et Jean Lignères, couple de vignerons propriétaire du Château La Baronne, à Moux

Anne et Jean ont fait le choix de la culture bio et de la biodynamie et produisent aujourd'hui 275 000 bouteilles par an. Leur production se distingue également par la vinification en amphores qui permet un affinage plus respectueux, préservant l'identité du raisin.

Comment est né le vin du Château La Baronne ?

Jean : Il s'agit d'un héritage familial. Ma famille travaille dans le domaine du vin depuis plusieurs générations, et mon père était à la fois vignerons et médecin, tout comme moi.
Anne : Quant à moi, j'étais hydrogéologue avant de cesser d'exercer ce métier pour m'intégrer au domaine.

 

Quelle est la production annuelle du château ?

Anne : Nous produisons en moyenne 275 000 bouteilles, hors incident climatique.
Jean : Mais ce n'est pas la course à l'armement ! Nous avons des objectifs qualitatifs, et ce sont eux qui priment.

 

Combien d'hectares avez-vous et qu'y cultivez-vous ?

Jean : Nous possédons 90 hectares - la majorité en Corbières - sur lesquels les cépages traditionnels du Languedoc sont depuis toujours à l'honneur : carignan, syrah, mourvèdre, grenache et cinsault en rouge ; et roussane, grenache gris et blanc ainsi que du vermentino pour les vins blancs.

 

Comment soignez-vous vos vignes ?

Jean : Nous avons choisi la culture bio et la biodynamie pour l'ensemble du domaine. On continue cette approche en cave. Nous n'utilisons que des levures indigènes, et réduisons les sulfites au strict minimum durant la vinification et l'élevage.

 

Quel est l'impact de ce choix sur vos vins ?

Anne : Ils sont plus vivants ! Il s'agit de vin qui donnent de l'émotion et qui peuvent avoir parfois en quelque sorte leurs humeurs...

 

Il semblerait que le bio et les vins naturels vous tiennent vraiment à cœur...

Jean : Absolument, il s'agit de notre plus gros chantier, protéger nos ouvriers, les gens du domaine, et notre écosystème. Et c'est pourquoi nous incitons un maximum de vignerons à travailler en bio !

 

Vous vous distinguez aussi par l'emploi de la vinification en amphores. Comment l'idée vous est-elle venue ?

Anne : L'idée a germé pour la première fois lors d'une dégustation qui s'est tenue en 2002, et lors de laquelle des vignerons de Corse nous ont vanté les mérites de cette technique. Après diverses tentatives infructueuses, nous avons finalement commencé à vinifier dans des amphores achetées en 2013 chez un potier de Vaison-la-Romaine. Aujourd'hui, nous nous fournissons en Italie.

Il s'agit de vins qui donnent de l'émotion et qui peuvent avoir parfois en quelque sorte leurs humeurs...

Quel est l'effet de cette technique sur vos vins ?

Jean : Quand on élève le vin en barrique, le vin prend des arômes boisés, tandis que l'élevage dans des amphores en grès ou en terre cuite (jusqu'à 1 an pour certains vins) nous permet un affinange plus respectueux, qui favorise le côté minéral du vin et préserve l'identité du raisin.

 

Employez-vous d'autres techniques particulières de vinification ?

Anne : Nous procédons à de longues macérations - 30 à 35 jours en cuve - pour le vin rouge comme le vin blanc, et touchons très peu à la matière : pas de remontage fort, ni de pigeage, ni de délestage. Une macération pure donc, avec un léger mouillage du chapeau, pour une extraction douce.

 

Quels sont les vins emblématique du Château La Baronne ?

Jean : Notre fer de lance est un Carignan, en IGP. Et en Corbières, l'emblème du domaine est la cuvée Alaric, un vin rouge qui résulte de la sélection des raisins de nos plus belles parcelles, situées au pied de la montagne éponyme, sur des graves.
Anne : Nous essayons d'atteindre l'assemblage idéal, assez marqué par la syrah. Il ne s'agit pas d'une syrah bodybuildée, mais plutôt "nordique", à laquelle s'assemblent d'autres cépages selon le millésime.

 

Un autre vin qui vous plaît particulièrement ?

Jean : Nous produisons un vin nature en Corbières, sans aucun SO2 : "Les Chemins de Traverse". Il s'agit d'un vin vivant, qui peut avoir plusieurs facettes selon les dégustateurs. C'est un vin sur la fraîcheur et la gourmandise...
Anne : Avec ce vin, nous tâchons d'effacer le côté sérieux des vignerons. Il s'agit d'une cuvée de plaisir, d'un vin joyeux. Quand on le sert, les langues se délient tant il y a de choses à découvrir dedans... C'est un vin qui claque en bouche !

 

De manière générale, comment définiriez-vous vos vins ?

Anne : Ils se distinguent par leur élégance et leur fraîcheur. D'ailleurs, nous faisons partie des premiers vignerons à vendanger dans la région. Pour cela, nous faisons en sorte que nos raisins aient une maturité précoce, la biodynamie nous aide beaucoup.

 

Que pensez-vous de l'évolution des vins de Corbières ?

Jean : Leur image a changé depuis les années 90, notamment grâce à un bon travail du syndicat. Aujourd'hui, le monde du vin est beaucoup plus ouvert, et la presse nous aide en s'intéressant de près aussi aux vins bio et biodynamiques. Une tendance de bon augure !