Christelle Alias

Rencontres vigneronnes
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RENCONTRES VIGNERONNES

Christelle Alias

Interview de Christelle Alias du Domaine Sainte-Marie des Crozes

Christelle Alias, vigneronne de cinquième génération du Domaine Sainte-Marie des Crozes, à Douzens dans le massif de l’Alaric, bouillonne d’idées et d’envies : cuvées éphémères pour « rigoler », passage en biodynamie, dégustations avec l’association Made in Douzens et un bébé en route ! Portrait d’une vigneronne qui pétille.

Pouvez-vous nous présenter votre domaine familial ?  

Le domaine Sainte-Marie des Crozes est intéressant au niveau du terroir, car il se trouve dans le secteur de l’Alaric, qui est la zone située la plus au nord et à l’Ouest des Corbières. Pour faire simple, nous avons trois terroirs à Douzens:

  1. En direction du Minervois, un premier terroir en plaine, sur lequel on produit essentiellement des vins de soif assez amusants, entouré de 2 petits vallons qui, eux, sont en AOC Corbières. Dans la réelle plaine, les AOC n’ont pas lieu d’être.
  2. Du côté de Moux, à l’entrée du village, un deuxième terroir assez solaire, comme le reste des Corbières, avec des terres gréseuses qui produisent des choses très gourmandes. C’est excellent pour les Grenache et les Carignan.
  3. Enfin le troisième terroir, l’Alaric, complètement hors champ ! Il s’agit d’un petit OVNI au milieu des Corbières, composé de terres plutôt froides avec beaucoup d’argile, propices à l’épanouissement de la Syrah et de la Roussanne. Les vins issus de ce terroir ont beaucoup de fraîcheur et d’élégance… C’est ce qui fait notre réputation sur l’Alaric !

Vous avez donc une gamme très variée ?

J’ai 13 cuvées en tout ! L’idée est de ne pas mélanger les terroirs. Sinon, on perd leur spécificité. J’ai aussi 13 cépages (rires) donc forcément, ça fait beaucoup de cuvées différentes. Je produis de nombreuses cuvées « plaisir » et gourmandes, et quelques autres plus complexes. De plus, depuis 2015, je crée chaque année une édition éphémère de 1000 bouteilles en vin nature et AOC Corbières.

 

Qu’entendez-vous par vin « nature » ?

Un vin nature est un vin « sans rien » !

 

Le travail technique à la cave, je l’ai appris avec mes parents, sur place et au fil des vinifications. Je suis aussi accompagnée par un œnologue.

Quelle est la différence avec un vin produit en biodynamie ?

En biodynamie, on peut utiliser un peu de sulfites, bien que ce soit dans une proportion extrêmement réduite évidemment. En vin nature, on n’ajoute rien du tout.

 

N’avez-vous jamais eu de mauvaises surprises depuis 2015 ?

Pour le moment, ce n’est jamais arrivé. Après, faut que ce soit bon ! Si un jour ce n’est pas bon, je renoncerai à sortir la cuvée…

 

Comment décririez-vous la cuvée éphémère 2018 ? 

Alors elle contient 50% de Cinsault en macération carbonique, et le reste est fait d’un mélange de Syrah et de Grenache. Il s’agit d’une cuvée très fruitée et légère. L’idée avec ces cuvées éphémères, c’est de voir le Corbières comme du plaisir et de la fraîcheur !

 

Ces cuvées éphémères sont-elles toujours rouges ?

Il n’y a pas de règle ! Pour le moment, oui ça a toujours été rouge. J’en ai un nouveau en tête, mais je ne vous dis rien pour le moment…

 

En dehors de ces cuvées éphémères, le domaine a-t-il une cuvée emblématique ?

Je dirais qu’il y en a deux. D’une part, le rouge « Les mains sur les hanches », basé sur une forte proportion de Grenache. Avec ce vin, on est sur la gourmandise, la rondeur du Grenache. La vinification est particulière puisque 20% des raisins sont saignés comme pour faire du rosé, mais intégrés dans le rouge. Cela donne beaucoup d’équilibre au vin.

 

Vous travaillez en bio depuis quelques années, en êtes-vous satisfaite ?

Nous sommes labellisés bio depuis 2014 exactement, et très contents de ce que nous a apporté le bio. En revanche, je remarque que les sols demeurent tassés du fait des passages des machines. C’est là une réalité économique : on ne peut pas tout faire à la main ! On a la chance dans les Corbières d’être dans des lieux possédant beaucoup de biodiversité naturelle, mais on peut faire encore mieux, notamment sur les zones plus en plaine, où il serait bon d’avoir d’autres cultures.

 

Pourquoi avoir décidé de passer en biodynamie ?

C’est une vision du vin qui me donne envie, et c’est mon projet perso !

Tous les vins que je goûte en biodynamie… je les aime ! Par logique, je me dis que si moi aussi je passais en biodynamie, mes vins seraient peut-être encore meilleurs. J’avoue que je ne maitrise pas tout pour le moment… Du coup, je me fais accompagner par Bruno Weiller, qui avait un domaine en Corbières qui s’appelait Les Promesses de la Terre. Il a arrêté le domaine, mais continué le conseil. Bref, je me lance… et ferai un bilan au bout de 2 ou 3 ans pour voir tout ce que cela a apporté au domaine.

Pouvez-vous nous dire un mot de votre implication dans l’association Made in Douzens ?

Les 5 vignerons de Douzens, dont je fais partie, ont décidé de se mettre en association pour assurer la promotion de nos vins à travers des évènements. Nous sommes tous copains, et presque tous de la même génération, c’est ce qui a apporté une dynamique particulière à cette initiative. Nous organisons une dégustation tous les premiers dimanches du mois, avec ouverture des caveaux et repas le midi. Cette année, nous avons fait une balade, ainsi qu’une fête pour la St-Vincent qui est notre patron. Enfin, nous sommes sur le marché tous les mercredis soirs à Douzens… Donc plein de choses, plein d’envies, et nous sommes tous autant impliqués !

 

Le petit mot de la fin ?

Mes parents ont commencé à faire du vin vers la fin de la crise, il y a 20 ans. Ils ont bénéficié de cet élan qui avait été initié par d’autres, commencé la bouteille et restructuré le domaine. Ils ont fourni un énorme travail de fourmi... Quant à moi, il me semble que j’arrive à un moment où l’AOC Corbières a repris du galon et où la nouvelle génération, dont je fais partie, a encore besoin d’un nouveau tournant. Il est important pour l’AOC Corbières qu’il n’y ait pas une seule et même typicité. Nous sommes plusieurs à changer les codes, et avons besoin de notre espace de création !