Jacques-Emile Ruhlmann

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RENCONTRES VIGNERONNES

Jacques-Emile Ruhlmann

Interview de Jacques-Emile Ruhlmann du Château Valmont

Installé dans les Corbières depuis 3 ans, cet Alsacien de 26 ans produit déjà d’excellents millésimes au Château Valmont, à Peyriac de Mer, et a tout mis en place pour que la qualité s’améliore encore dans les années à venir. Un jeune nom à suivre avec attention !

Comment avez-vous choisi de vous installer au Château Valmont ?

J’ai terminé mes études par une Licence Professionnelle Droit et Gestion de la filière vitivinicole, à Narbonne. Au gré de mes stages, j’ai découvert les Corbières. Et comme la famille parlait depuis un certain temps de se diversifier, dès la fin de mon dernier stage, nous avons regardé ce qui se vendait dans les Corbières. Cela s’est passé durant l’été 2015. Et c’est finalement sur le Château Valmont que s’est porté notre choix…

 

Le goût du travail de la vigne est donc un héritage familial ?

Je suis effectivement issu d’une famille de vignerons d’Alsace. Mes parents sont vignerons à Dambach-la-ville, et les Vignobles Ruhlmann-Schutz sont une affaire familiale. Je travaille avec mes parents, mais aussi mon oncle et ma tante, mes 2 cousins et ma petite sœur qui est sommelière. Entre l’Alsace et les Corbières, nous sommes 30 personnes, et exploitons 70 hectares.

 

Mais au Château Valmont, c’est vous le pilote ?

Oui, ici à Peyriac de Mer, nous sommes 4, moi-même compris, pour 28,5 hectares de vignes.

Je suis viticulteur et vigneron, installé en tant que jeune agriculteur depuis janvier 2016, soit 3 ans. Mon père me conseille, mais c’est moi qui effectue les vinifications, les assemblages, les choix dans les cépages, etc.

 

Dans quel état était le domaine quand vous l’avez racheté il y a 3 ans ?

L’ancien propriétaire, belge, avait arrêté de faire son propre vin depuis 6 ans. Il n’y avait plus de matériel, et le domaine était en fermage. Seuls subsistaient les bâtiments, l’ossature de la cave et quelques vignes. Il a fallu tout refaire… Nous sommes partis de zéro.

 

Qu’avez-vous fait depuis votre installation ?

Nous avons planté 10 hectares en 2 ans. Principalement du Grenache, de la Syrah et du Carignan, ainsi que de la Roussanne et du Grenache blanc. A terme, nous souhaitons encore planter 5 ou 6 hectares supplémentaires. Nous avons aussi investi dans du nouveau matériel.

 

Quelle est votre gamme en Corbières ?

Nous proposons à ce jour 2 rouges et un rosé. Notre premier rouge, L’aventure, est la cuvée emblématique de Valmont, portée sur le fruit, assez plaisante, bien typée Corbières et soleil. Notre second rouge, la Cuvée Signature, est plus haut de gamme et plus structuré. Il s’agit d’un vin de garde passé en barrique, pour lequel on prend le meilleur de la cave et ne prévoit pas de nombre défini de bouteilles.

Je donne le meilleur de moi-même et remets en état des vignes qui étaient à l’abandon.

Et votre rosé ? 

J’essaie de le travailler pour qu’il soit léger, avec une belle acidité, de garder de la fraîcheur et d’éviter l’excès d’alcool. Il contient surtout du Mourvèdre, ce qui est assez atypique, ainsi que de la Syrah.

 

Comment travaillez-vous les vins de Valmont ?

Nous travaillons par gravité. La cave étant semi-enterrée, le raisin arrive pas le dessus des cuves. Ainsi nous ne pompons pas le raisin pour lancer les maturations, et limitons la trituration au strict minimum.

 

Les vins du Château Valmont sont-ils bio ?

Nous sommes en conversion bio depuis 2 ans. Le millésime 2020 sera donc bio.

 

A 26 ans, vous faites partie de la jeune garde des Corbières… Comment avez-vous été accueilli ?

J’ai été très bien accueilli. Je suis jeune, comme mon équipe dont le plus vieux membre a 30 ans ! Mais je donne le meilleur de moi-même et remets en état des vignes qui étaient à l’abandon. Je crois que cela a plu aux vignerons.

 

Qu’est-ce qui vous a le plus séduit dans les Corbières ?

Pas le vent (rires) ! J’aime le fait que nous ayons de grandes parcelles ici, contrairement à l’Alsace. On peut travailler plus confortablement. J’aime la garrigue, et puis il fait plus chaud qu’en Alsace…

 

Vendez-vous aussi vos vins d’Alsace au Château Valmont ?

Oui, nous vendons du Crémant, du Riesling, du Gewurztraminer, du Sylvaner, du Pinot gris… Et inversement, les vins de Valmont sont vendus dans notre caveau alsacien. Je fais régulièrement des aller-retours entre l’Alsace et les Corbières pour ne pas perdre le lien avec les vignes d’Alsace, car je serai appelé, à terme, à m’occuper des 2 structures.

 

Comment les vins de Corbières sont-ils perçus en Alsace ?

Nos vins sont très bien perçus. En Alsace, dans les restaurants, il y a toujours des Corbières à la carte. Je ne sais pas si c’est la mode, mais il y a beaucoup de demandes. De nombreux restaurants, parmi ceux que l’on livrait avec notre vin alsacien, nous ont suivi sur les Corbières.

 

Et autour du Château Valmont, dans quels restaurants peut-on goûter vos vins ?

Chez les Cuisiniers cavistes, au Bistrot La Nautique et à la Brasserie Plaisance à Narbonne, et O Vieux Tonneaux et aux Rosiers des Salins à Peyriac de Mer. En dehors des restaurants, notre vin peut être dégusté au caveau de dégustation du domaine, ouvert depuis l’été dernier.

 

Que pensez-vous des vins de Corbières aujourd’hui ?

Tous les ans, je goûte des vins de plus en plus structurés. Je pense qu’il y a un potentiel énorme dans les Corbières : les terrains, le climat… Certes, les rendements ne sont pas énormes à cause de la sécheresse, mais justement ces petits rendements concentrent les arômes du raisin.