Château Beauregard Mirouze

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RENCONTRES VIGNERONNES

Château Beauregard Mirouze

Karine Mirouze, vigneronne avec son mari Nicolas au Château Beauregard Mirouze, représente le fer de lance de la biodynamie en Corbières. Intarissable sur le sujet, elle nous éclaire sur des pratiques encore assez méconnues. Certaines sont ancestrales, d’autres pleines de bon sens, et toutes visent à fortifier la vigne de manière « naturelle » pour obtenir… le meilleur vin possible !

Comment êtes-vous devenue vigneronne ?

En 2000, Nicolas a pris la suite de sa grand-mère, qui livrait tout en vrac au Val d’Orbieu. Comme nous avions un projet ambitieux et coûteux qui consistait à prendre en main à la fois la cave et la vigne, arracher, replanter, faire de la bouteille et changer la méthode de culture pour redonner vie aux sols, j’ai préféré conserver mon emploi au Crédit Agricole pendant quelques années (jusqu’en 2007), par sécurité. Mais j’étais déjà très investie sur le domaine ! En raison du passage aux 35 heures, j’avais 9 ou 10 semaines de congés, que je consacrais intégralement aux vendanges et aux salons ! J’avais un métier et demi…

 

Comment se présente le domaine ?

Situé au cœur du massif de Fontfroide, il est voisin de l’abbaye éponyme. Nous avons 23 hectares de vignes, mais le domaine fait 350 hectares en tout. Il est composé de garrigue, de forêts, d’un hectare d’oliviers et de 12 à 14 hectares de champs que nous cultivons principalement pour fournir du foin aux brebis, ou que nous plantons de luzerne en attendant d’y planter de la vigne pour renouveler le vignoble.

 

Vous avez donc des brebis sur le domaine ?

Nous les avons introduites en 2006, avec le double but qu’elles désherbent naturellement en broutant dans les vignes et qu’elles nourrissent les sols en matière organique en faisant leurs besoins. Aujourd’hui, nous avons un accord avec un berger voisin. Ses 80 brebis passent partout pendant l’hiver, en contrepartie de quoi nous nous engageons à leur fournir à manger même pendant l’été. Nous avons aussi des ânes pour débroussailler et lutter ainsi contre le risque d’incendie. Bientôt, on aura même des vaches Highlands sur le domaine !

 

Qu’est-ce qui vous a attiré vers le bio ? 

C’est en mettant les pieds dans la terre que l’évidence nous est apparue. Le sol nous a semblé inerte, comparable à du béton. Il n’y avait pas de vers de terre, pas de coccinelle, pas d’oiseaux… Nous avions envie de faire des vins de terroir, avec de la personnalité et du caractère. Mais pour cela, il fallait que le terroir soit vivant et qu’il ait quelque chose à exprimer ! L’engrais de synthèse a immédiatement été abandonné au profit de l’engrais organique. Puis nous avons poursuivi avec du compost (que nous avons fini par faire nous-mêmes), de l’enherbement spontané, puis on est passé à l’enherbement maitrisé, c’est-à-dire que l’on choisit ce que l’on sème dans la vigne. On a aussi planté des arbres et on démarre un projet d’agroforesterie (arbres au milieu des rangs de vigne). En 2010, le domaine était certifié bio.

 

Quelle est votre méthode de travail ?

Nous passons beaucoup de temps à la vigne ! L’idée est de récolter les grappes les plus belles et saines possibles pour travailler avec le minimum d’intrants en cave. Nous n’utilisons que des levures indigènes et aucun sulfite, sauf exception. On essaie d’ « accompagner » la vinification à l’aide de macérations douces plutôt que d’extractions intenses. Au fur à mesure, on réincorpore les presses, qui sont de belle qualité car on travaille de façon gravitaire. Cela donne des tanins souples. Ensuite, l’élevage se fait essentiellement en cuve, même sur nos vins de garde !

Notre logique globale est de réutiliser, réemployer et réduire notre dépendance.

Vous êtes aussi certifiés en biodynamie…

Notre certification officielle date de 2019 mais cela faisait déjà quelques années que nous en avions adopté les techniques. Nicolas et moi sommes tous deux ingénieurs agronomes, éduqués aux méthodes modernes d’agriculture. Avec la biodynamie, on est un peu loin de l’aspect ingénieur agro (rires)… mais nous avons goûté beaucoup de vins en biodynamie et à chaque fois, nous étions emballés !

 

En quoi consiste la biodynamie ?

L’idée est de mettre la vigne dans les meilleures conditions pour développer son immunité.

C’est une approche globale qui considère la vigne dans ses trois dimensions : l’aspect terre/racine, l’aspect lumière/soleil et l’aspect cycle planétaire/lunaire.

 

Quel est le minimum requis pour un travail en biodynamie ?

La biodynamie implique le passage de petites quantités de bouse de vache (pour développer les forces d’implantation dans le sol) et de silice (pour impulser à la vigne sa rigidité et favoriser son l’élévation vers le ciel). D’autre part, les gestes sont liés au calendrier lunaire, suivant si la lune est ascendante ou descendante. Il y a des jours fruits, fleurs, racines et feuilles. Certes, on ne choisit pas sa date de récolte, mais certains gestes peuvent être programmés, comme le sous-tirage d’un vin, la mise en bouteille (car on est équipé de notre propre chaine), la plantation d’une vigne, etc. Enfin, il faut surtout observer les vignes dans leur ensemble. On ne rentre pas tête baissée !

 

Pourquoi parlez-vous de « petites quantités » ?

Prenons l’exemple de la silice. On en met moins de 4 g par hectare, mais en la préparant de manière spécifique : on la dilue avec de l’eau dans un dynamiseur qui crée des vortex, dans un sens puis dans l’autre, entre 20 et 30 minutes en moyenne. Ainsi l’eau va « prendre la mémoire » des 100g de silice qu’on lui a ajouté. L’idée est, comme pour l’homéopathie, d’envoyer un message à l’organisme via des quantités faibles.

 

Passez-vous des produits autres que la bouse de vache et la silice ?

Nous utilisons des tisanes, décoctions, extraits fermentés (car la fermentation permet de décupler le pouvoir de la plante), thés de compost… On va au-delà de la biodynamie ! Avec la sécheresse cet été par exemple, on a passé du compost de bouse assorti d’une tisane d’achillée mille feuilles, pour aider la vigne à mieux attendre la prochaine pluie. On n’irrigue pas, on soigne la vigne ! Disons qu’on intervient avant qu’elle soit malade pour renforcer sa capacité d’adaptation.

 

C’est donc un engagement sincère et total que le vôtre…

Nous tâchons de donner du sens à tous les pans de notre travail. Nous menons par exemple une réflexion sur l’outillage, en n’achetant que des outils d’occasion que nous adaptons. Notre logique globale est de réutiliser, réemployer et réduire notre dépendance. D’ailleurs, nous travaillons beaucoup avec l’Atelier Paysan, association militante nationale qui forme et aide les agriculteurs. Leur dernier manifeste, « Reprendre la terre aux machines », est une belle source d’inspiration et correspond tout à fait à notre idée de la biodynamie. Nous faisons beaucoup mais devons encore nous améliorer !