Lilian Copovi

Rencontres vigneronnes
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RENCONTRES VIGNERONNES

Lilian Copovi

Interview de Lilian Copovi président des Vignobles Cap Leucate

Lilian Copovi est vigneron à Roquefort des Corbières et Fitou, et président des Vignobles Cap Leucate depuis le début de l’année. Comme si cette double-casquette ne lui suffisait pas, c’est aussi un homme d’avenir pétri d’idées avant-gardistes, qu’il met un point d’honneur à transformer en projets concrets sur le terrain. Quand l’imagination rencontre le savoir-faire, les vignes prospèrent !

Depuis quand êtes-vous vigneron ?

Je me suis installé à Roquefort des Corbières en 1989. Mon exploitation s’étend aujourd’hui sur 50 hectares, alors qu’à l’origine, elle en faisait 10.

 

La vigne est-elle une tradition familiale pour vous ?

Vigneron était le métier de mon père. D’ailleurs, je me suis installé à ses côtés dans un premier temps. Rapidement, nous avons diversifié notre activité en entamant, en parallèle de la viticulture, une carrière d’élevage intensif de volaille – ceci afin de pallier à un handicap  physique que mon père avait subi à la suite d’une opération. Nous avons eu de très bons résultats pendant 13 ans, jusqu’à ce que la crise aviaire nous contraigne à cesser cette activité en 2006. Mon père a alors pris sa retraite. De mon côté, ne pouvant me résoudre à licencier notre personnel, je décidais de doubler la surface de mes vignes. D’où les 50 hectares d’aujourd’hui.

 

Qu’avez-vous fait avant de vous installer en 1989 ?

Je suis passé par les écoles d’agriculture, ce qui m’a amené à voir d’autres métiers gravitant autour de l’agriculture, comme l’œnologie par exemple. J’ai notamment fait des stages dans des caves pour apprendre à faire le vin. Puis j’ai fait de la vente foncière, j’ai travaillé dans le recensement agricole… C’est à cette occasion que j’ai trouvé cette fameuse exploitation qui était à la vente, et qui m’a permis d’augmenter ma surface.

 

Comment est constitué votre vignoble ?

J’ai 4 appellations : Corbières, Fitou, Muscat de Rivesaltes et Languedoc. J’apporte 100% de ma production à la cave, et je dois avoir environ 20 hectares sur 50 en Corbières.

 

Vous avez pris la présidence de la cave coopérative à une période difficile…

Je suis devenu président de cette nouvelle structure, les Vignobles du Cap Leucate, au mois de janvier 2020… Juste avant le fameux épisode sanitaire du Covid-19, qui m’a donné bien du fil à retordre !

 

Comment a été créée cette nouvelle cave coopérative ?

La cave coopérative est un outil de vinification qui a vu le jour en 2010. Elle est le fruit d’une fusion entre la cave coopérative de Leucate-Quintillan et celle de Roquefort des Corbières. Nous sommes implantés sur un terrain que je qualifierais de neutre : à l’extérieur de Leucate, à mi-chemin entre cette dernière et Roquefort des Corbières. Cette implantation nous a aussi permis d’accueillir non pas la cave coopérative de Fitou-La Palme, qui était alors en dissolution, mais la majeure partie de leurs coopérateurs, soit une trentaine de vignerons venus adhérer pour 5000 hectolitres par an, et ainsi consolider notre projet. Nous accueillons aussi les vendanges de Feuilla, Treilles et Caves.

 

Comment la nouvelle cave a-t-elle été financée ?

Ce projet a coûté 10 millions d’euros, financés à 40% par des aides européennes et pour le reste, essentiellement par la revente de l’ancienne cave coopérative de Leucate (transformée en programme immobilier).

 

Quelle est la taille de la cave ?

Notre cave coopérative a une production moyenne de 55 000 hectolitres par an pour 1400 hectares de vignoble, essentiellement en vin rouge. Elle est constituée de 160 vignerons et 200 sociétaires (car il y a des sociétaires qui ne sont pas apporteurs directs mais donnent leur vignes en fermage). Enfin, nous avons 35 salariés.

Quelle est votre gamme de vins ?

Au départ, nous avions environ 80 références ! Un chiffre élevé, qui résultait d’un choix politique visant à conserver les produits identitaires déjà existants sur les 8 communes qui gravitent autour de la cave. Le but était d’éviter que des vignerons se sentent lésés par la nouvelle structure. Puis au fil des ans, nous avons rationnalisé la gamme, car il y avait des doublons qualitatifs sur certains produits. Nous l’avons réduite à 70 références.

 

Vous devez avoir une gamme très diversifiée…

Nos produits vont du vin de table jusqu’au grand cru, en passant par le bag in box.

 

Comment commercialisez-vous le vin ?

Nous disposons de 7 boutiques en propre, dégageant environ 3 millions d’euros de chiffre d’affaire (sur 10 millions au total). Elles sont situées à Leucate, Port-Leucate, La Franqui, La Palme, Roquefort des Corbières, Port-la-Nouvelle et Fitou. Nous envisageons de les transformer en épiceries et d’y vendre des produits locaux autres que notre vin : bières artisanales, sel de La Palme, etc. Cela permettrait notamment de faire rentrer dans nos boutiques des abstinents à l’alcool, susceptibles du coup d’acheter une bouteille de vin pour l’offrir à quelqu’un…

 

Il doit être difficile de coordonner les projets environnementaux sur 1400 hectares de vignobles… Comment faites-vous ?

Je pense, sans prétention aucune, que nous sommes à la pointe ! Nous avons des associations environnementales qui pilotent des actions sur le terrain. Celle dont je suis le plus fier est la lutte par la confusion sexuelle sur le ver de grappe. Sur 1400 hectares, nous avons plus de 1300 hectares engagés !

 

Et en ce qui concerne la norme HVE, où en êtes-vous ?

A l’issue de la récolte 2021, nous proposons à nos coopérateurs de passer en HVE3. On en est déjà à 60% aujourd’hui.

 

Qu’entendez-vous par « proposons les coopérateurs à passer en HVE3 » ?

Dans le cas contraire, les coopérateurs ne seront pas rétribués en paiement différencié, mais sur des bases  génériques. Je pense qu’il s’agit là d’une bonne source de motivation.

 

Et le bio ?

Certains viticulteurs membres de la cave sont partis sur de l’agriculture bio. C’est mon cas. Je faisais déjà le blanc en bio depuis quelques années, car on peut convertir par couleur. Mon but était de faire un test avant de me « lâcher des deux mains ». Comme j’ai constaté que je n’avais pas cette perte de rendement tant annoncée, l’an dernier, j’ai converti la totalité de mes 50 hectares en bio. Je suis donc déjà certifié bio sur le blanc, et en conversion sur le reste.

 

Êtes-vous nombreux à produire en bio au sein de la coopérative ?

J’ai convaincu quelques viticulteurs. Mais on ne veut pas encourager les vignerons qui sont déjà un peu en peine. On préfère prendre notre temps et convaincre de vrais professionnels, ceci afin de démontrer que le bio fonctionne très bien, que ce n’est pas une vue de l’esprit, et afin de combattre le discours que l’on entend parfois sur la baisse des rendements et la paupérisation du vignoble. Cela s’est vu, certes, mais souvent chez des non-professionnels.

 

Avez-vous d’autres initiatives environnementales en cours ?

Oui, car je me suis très tôt penché sur les ressources qui seront à notre disposition dans le futur. J’ai trouvé une ressource à mon sens pérenne, et qui va même croître ! Il s’agit de la réutilisation des eaux de station d’épuration. J’ai monté un premier projet pilote sur la commune de Roquefort, qui fait 16 hectares, à partir des eaux de la station de Roquefort. Le projet a démarré l’an dernier. Il a coûté 480 000 euros et j’ai réussi à lever des fonds pour qu’il ne coûte rien à l’agriculteur. Avec la sécheresse et la canicule de l’an dernier, on peut presque dire que le projet a sauvé le vignoble !

 

Envisagez-vous d’explorer d’autres ressources ?

Oui, cela fait 4 ou 5 ans que je regarde du côté de la ressource souterraine. Et j’ai finalement obtenu l’autorisation de présenter deux projets par perforation, tous deux situés en zones orphelines (sans aucun accès à l’eau). L’un se trouve sur Roquefort et l’autre sur Caves. On est allé sur de l’existant : des forages qui avaient déjà été faits en 1995 à Roquefort et dans les années 70 à Caves. Le dossier doit être déposé fin juillet…

 

Auriez-vous encore un autre tour avant-gardiste dans votre sac ?

Oui ! Je me penche en ce moment sur l’agrivoltaïsme : du photovoltaïque sur le vignoble. Il s’agit de grandes pergolas de 4,50m de haut. Dessous, il y aura le vignoble, et des panneaux trackers qui s’effacent, suivent le soleil, et laissent passer la luminosité nécessaire à la photosynthèse. Cela permet aussi de créer de l’ombre pour la plante lorsqu’elle en a besoin.

 

Avez-vous déjà vu ça quelque part ?

Des tests sont actuellement faits en Catalogne, justement par l’entreprise qui va nous construire les pergolas ici. Dès la fin du mois d’octobre, on va arracher l’oliveraie qui se trouve derrière le Chai La Prade, puis y monter la structure photovoltaïque sur un hectare et demi. Dessous, on plantera la vigne en 2022…