Malick Mekhatria

Rencontres vigneronnes
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RENCONTRES VIGNERONNES

Malick Mekhatria

Interview de Malick Mekhatria du Château St-Louis

Il y a plus de 25 ans, Malick Mekhatria poussait timidement la porte du Château St-Louis, entre Boutenac et Ornaisons, espérant y décrocher un emploi… Aujourd’hui régisseur de ce domaine de 120 hectares dont 100 en production (en Corbières et Corbières Boutenac),  il nous dit tout sur l’établissement auquel il a consacré toute sa vie, et qu’il connaît sur le bout des doigts !

 

Qu’est-ce qui vous a amené à St-Louis ?

A l’époque, c’est-à-dire il y a plus de 25 ans, je venais d’obtenir mon CAP et BEP de maçonnerie. Je travaillais à l’entretien dans un camping de 22 hectares à Valras-plage, quand un vigneron voisin m’a dit qu’on cherchait quelqu’un à St-Louis, au cas où je serais intéressé… Alors je suis allé me présenter, et j’ai été pris !

 

Pourquoi passer ainsi de la maçonnerie à la vigne ?

Mon expérience à la cave coopérative m’avait bien plu, donc j’ai bifurqué sans hésiter !

 

Qui vous a formé au métier ?

J’avais déjà fait 2 saisons à la cave du village voisin, ainsi que des saisons de taille dans un domaine de la région. A St-Louis, j’ai continué à apprendre sur le tas, franchissant les étapes une à une… J’ai commencé comme tractoriste ! Puis pendant les vendanges, les propriétaires m’ont mis à la cave. Et voyant que je me débrouillais plutôt bien, ils m’ont gardé et confié un nombre croissant de responsabilités.

 

Comment qualifieriez-vous l’évolution du domaine en 25 ans ?

Tout a changé ou presque ! Pour commencer, quand M. et Mme Pasquier Meunier ont repris le domaine familial de 60 hectares, dans les années 80, il était en cave coopérative. Souhaitant monter en gamme, ils ont décidé de passer en cave particulière en 1989 et ont investi dans une chaine d’embouteillage. Puis en 2000, le domaine est passé de 60 a 120 hectares. Aujourd’hui, la qualité des cuvées est quasiment la même que par le passé !!  

 

Vous avez donc noué une relation de confiance avec les propriétaires…

Oui, ils me faisaient totalement confiance et j’avais beaucoup d’amitié pour eux. Cependant, ayant atteint un âge vénérable, ils ont décidé de vendre. Aussi depuis 2012, c’est un investisseur russe producteur, lui aussi en son pays, mais de Brandy, qui possède le Château St-Louis. Le nouveau gérant est M. Parret, qui s’occupe également d’un autre domaine viticole dans l’Hérault, St-Martin de la Garrigue

 

Vous êtes resté malgré le changement de propriétaire ?

Mme Pasquier Meunier ayant insisté pour que le personnel demeure, j’ai la chance de continuer à m’occuper du domaine, et dans d’excellentes conditions car les nouveaux propriétaires ont fait construire sur place un chai tout neuf ultra haut de gamme. Table de tri, pressoir pneumatique,  filtre tangentiel, centrale de froid … Rien ne manque !

 

 

Quels sont les avantages de cette modernisation ?

Pour le personnel, c’est très fonctionnel, et donc moins fatiguant quotidiennement ! D’autre part, nous bénéficions désormais d’une vendange quasi parfaite à l’encuvage grâce à la table de tri et d’une excellente maitrise de la température gérée par informatique, qui se ressent surtout sur les arômes des blancs et rosés.

Si je suis toujours aussi passionné par mon métier qu’au premier jour, c’est parce que les années se suivent et ne se ressemblent pas.

Avez-vous des débouchés particuliers en Russie du fait de la nationalité des nouveaux propriétaires ?

Effectivement, 60% de notre production en bouteilles part en Russie. Le propriétaire y possède des magasins dans lesquels sont vendus les vins de St-Louis et de son autre domaine, St-Martin de la Garrigue.

 

Vous avez gagné une médaille d’or en 2018 au Concours Corbières. Pour quel vin ?

C’est avec notre Prestige rouge que nous avons remporté cette médaille. Il s’agit d’un assemblage de Syrah, Grenache et Carignan, dans lequel domine la Syrah (60%). Le raisin est vendangé égrappé. La cuvée Prestige n’est pas passée en barrique, donc pas boisée. Ce vin exprime vraiment la typicité du terroir. Les vignes sont en partie plantées sur une parcelle du domaine appelée « la bute », dont le sol est composé de galets roulés, qui emmagasinent la chaleur pendant le jour et la restituent à la vigne pendant la nuit.

 

Avez-vous un « secret de vinification » particulier pour cette cuvée?

Nous ne faisons pas de macération carbonique, mais une « pré-fermentaire à froid » pour les vins rouges. C’est-à-dire que l’on fait refroidir la vendange, en cuve, avant son départ en fermentation.

 

Et à la dégustation, que donne cette médaille d’or ?

Le vin est fruité, rond en bouche, avec des tanins soyeux et bien fondus. Très agréable à boire et bien équilibré, il ne laisse aucune astringence. Malgré ses 14,5%, on ne sent pas l’alcool.

 

Sur quel type de mets conseilleriez-vous de le boire ?

Plutôt sur une viande grillée ou du gibier, comme de la biche ou du sanglier.

 

Qu’est-ce qui vous procure le plus de plaisir dans votre métier ?

Je passe un jour près des vignes, elles ne pleurent pas… Deux jours après, ça pleure… Vous ne les voyez pas de 3 jours et les ormes ont pris 10 à 15 cm… Voir la vigne évoluer, c’est un plaisir unique ! Même en cave, les arômes changent du tout au tout en l’espace de quelques jours… Il n’y a pas la monotonie qu’il peut y avoir dans d’autres métiers. Le vin évolue sans cesse, et moi je me régale toujours autant !